C’était comment la formation en 2003 ?

En politique, les choses s’oublient vite. Quand je réfléchis aujourd’hui à l’état dans lequel on a trouvé la formation professionnelle en 2004, j’ai moi-même peine à y croire. Après 18 années de gestion de Jacques Blanc, avec son gendre pour piloter la politique dans ce secteur, la situation était à la limite de la légalité sur certains points, la ligne rouge étant carrément franchie sur d’autres. Alors, avant que l’oubli n’achève son œuvre, une synthèse rapide de l’état des lieux d’alors s’impose.

1/ Les missions locales et les ANPE qui recevaient les demandeurs d’emploi n’étaient pas destinataires du programme régional de formation, ne le connaissaient pas (sauf parfois indirectement) et n’avaient pas le droit de proposer les formations organisées par la Région aux personnes qu’elles recevaient. J’entends encore une salariée d’une mission locale me dire « la formation ne fait plus partie de ma boite à outils pour les jeunes ».

2/ Qui avait alors le privilège – car c’en était un – d’orienter les demandeurs d’emploi vers les stages financés par la Région ? Une association de droit privé : la LEF (Liaison Entreprise Formation) intégralement financée par la Région, ce qui n’était pas légal et représentait un énorme gâchis d’argent public.

3/ Le code du travail n’était pas appliqué. Les stagiaires de la région recevaient une indemnité forfaitaire, la même pour tous, ce qui rendait l’accès impossible à de très nombreuses personnes. Que les Préfets de région n’aient pas exigé l’application de la loi reste pour moi un mystère !

4/ Pire, les stagiaires qui abandonnaient en cours de formation (que ce soit au tout début ou juste avant la fin) devaient rembourser, non seulement l’intégralité des sommes qu’ils avaient perçues depuis le début du stage, mais aussi les charges sociales que la Région avaient payées pour eux. Des milliers de personnes étaient ainsi poursuivies pour rembourser la Région, certaines depuis 1996.

5/ Les 3 outils communs à la Région à l’Etat et aux partenaires sociaux, à savoir l’OREF¹, le CARIF² et le CCREFP³, n’existaient pas dans cette région au contraire de toutes les autres. Faire disparaître tous les outils de la concertation, du travail en commun, de la capacité d’études prévisionnelles n’est pas vraiment la bonne méthode pour fonder une politique efficace.

6/ Enfin, par mesure de rétorsion, l’Etat n’avait pas créé les « points information conseil » sur la VAE (validation des acquis de l’expérience). Quand ceux-ci ont été transférés aux Régions en 2005, nous avons été la seule à recevoir zéro euro, puisque le réseau n’existait chez nous.

Juste pour conclure. A l’époque, j’ai souvent demandé à mes interlocuteurs qui était l’élu en charge de la formation. Quasiment personne (dans les réseaux d’acteurs naturellement) ne pouvait me citer son nom. Un jour pourtant, quelqu’un m’a dit que c’était Raymond Couderc ! Je demande confirmation !

¹OREF : observatoire régional emploi-formation

²CARIF : centre d’animation, de ressources et d’information sur la formation

³CCREFP : comité de coordination régional de l’emploi et de la formation professionnelle


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