(3/5) Formation professionnelle 2004 : la région en chantier

LE RÉSULTAT DE LA CONCERTATION : QUESTIONS ET DIAGNOSTIC

Les questions posées peuvent s’organiser autour de 3 grands thèmes : d’abord l’accueil, l’information, l’orientation (AIO) et éventuellement l’accompagnement; ensuite, la programmation et la mise en œuvre des formations; et enfin les modalités de concertation entre les acteurs de la formation. D’autres questions apparaissent plus transversales, comme la Validation des Acquis de l’Expérience (VAE).
Chacune de ces questions prend plus ou moins en compte la diversité des publics concernés : demandeurs d’emploi, jeunes et adultes, récents ou de longue durée, travailleurs salariés et non salariés, personnes reprenant un travail après une interruption, handicapés… tout en sachant que les compétences régionales sont limitées et ne sont pas de même nature pour ces divers publics, ce qui impose un partenariat avec l’Etat et les autres collectivités territoriales.
A noter l’absence de tout ce qui concerne l’évaluation, que ce soit celle des stagiaires, des organismes de formation ou de la politique dans son ensemble. Cet aspect des choses est évidemment plus du ressort de la Région elle-même, mais l’absence de tout questionnement met aussi en évidence la difficulté de l’exercice.

I/ L’accueil, l’information, l’orientation (AIO)
Ce secteur est complexe et fait intervenir un grand nombre de partenaires : MLI (Mission locale pour l’Insertion), LEF (association Liaison Entreprises Formation), ANPE, Assedic, centres de bilan, sans compter tous les lieux d’information plus généraux aux métiers, en particulier pour les jeunes, comme le CRIJ (Centre Régional d’Information Jeunesse) ou les CIO (Centres d’Information et d’Orientation)… Dans la majorité de ces lieux, à l’exception de la LEF , la formation n’est qu’un aspect de l’accueil parmi d’autres, mais un aspect indispensable pour accueillir et orienter correctement les personnes reçues. Or la connaissance des formations financées par le conseil régional était un quasi monopole de la LEF, elle même seule structure habilitée  à orienter les candidats vers les organismes de formation retenus par la Région, d’où des blocages considérables.
Enfin, signalons que l’information pour les salariés est inexistante.

I-A/ Les relations difficiles entre acteurs de l’AIO et la Région
→ Les plaintes sont très nombreuses relativement à l’aspect « confidentiel » du programme régional de formation.  Les divers acteurs impliqués dans l’AIO (MLI, PAIO, ANPE, centres de bilan) demandent légitimement à disposer de ce programme et de pouvoir prescrire directement la formation sans passer par la LEF (délai d’attente important pour les rendez-vous, de 3 à 6 semaines).
→ La transmission d’information entre MLI et LEF n’est pas satisfaisante : normalement à travers une fiche manuscrite (pas informatisée) ; si la fiche qui va de la MLI à la LEF est obligatoire pour adresser une personne à la recherche d’un stage, la fiche retour semble moins fréquente, voire inexistante dans certains territoires.
→ Les MLI demandent un « guichet unique » pour le jeune afin de pouvoir le suivre quand il est en stage (comme auparavant quand les espaces formation étaient dans les LEF).
→ Au sein même des LEF, les salariés s’inquiètent de leur propre devenir.

I-B/ Les difficultés d’accès à une formation
→ Difficulté à trouver des places pour les jeunes en grande difficulté dans les stages de mobilisation (les organismes de formation hésitent à retenir les personnes en plus grandes difficultés).
→ Difficulté à trouver des places dans un stage qualifiant au sortir d’un programme de mobilisation. Parfois il semble manquer une étape qu’on pourrait qualifier de « pré-qualifiante » pour les publics très loin de l’emploi.
→ Qui a accès aux stages de la Région : une mère de famille en congé parental ? les handicapés ?…
→ Question récurrente sur l’absence d’aide individuelle pour des formations non financées par la Région (par exemple aide-soignante) ou même n’existant pas dans la région, mais dans des régions voisines.
→ Question très fréquente sur la prise en charge des déplacements ou de l’hébergement quand le stage est loin du domicile.

I-C/ Questions et suggestions diverses
→ Pour les jeunes scolarisés, il faudrait travailler l’orientation de façon préventive au niveau des CIO.
→ Quel dispositif d’aide pour le diplôme d’accès aux études universitaires pour les non bacheliers (actuellement, ils payent personnellement) ?
→ Comment la Région peut-elle aider à la formation des bénévoles des associations,  alors que l’Etat diminue beaucoup les aides au FNDVA (fonds national de développement de la vie associative) ?
→ Prévoir un ou des lieux où des personnes en recherche d’une formation pourraient trouver conseil et orientation, en particulier pour les non demandeurs d’emploi
→ L’individualisation mène à des durées de formation de plus en plus réduites qui ne permettent plus à la personne d’acquérir réellement les compétences demandées et qui ne permettent plus à l’organisme de formation  d’organiser un vrai parcours de formation.

II/ La programmation et la mise en œuvre des formations
La programmation du programme qualifiant est établi à partir des informations venant des branches professionnelles croisées avec les statistiques du service public de l’emploi. Elle n’est pas réalisée par bassin d’emploi, contrairement au programme de mobilisation. Elle se fait  sous forme d’appel d’offres annuel depuis 3 ans.

II-A/ Les procédures
→ Demande de nombreux partenaires, en particulier les branches professionnelles, d’être mieux associés en amont à la définition des besoins et de la programmation.
→ Lourdeur de la procédure d’appel d’offres (un organisme de formation a indiqué avoir doublé son temps de travail administratif pour un stage sans pouvoir dégager du temps pédagogique supplémentaire).
→ Quelle prise en compte par la région des coûts de certifications des formations (pour les organismes qui ne sont pas habilités à délivrer des diplômes ou des titres reconnus).
→ Quel rapprochement avec le réseau des APP (ateliers pédagogiques personnalisés) ?
→ Comment renforcer la coopération entre les organismes de formation?
→ Peut-on envisager des formations professionnelles avec d’autres régions et d’autres acteurs, éventuellement d’autres pays ?
→ Quand une proposition de formation n’est pas retenue, il serait souhaitable de faire savoir à l’organisme qui l’a proposé les raisons du refus afin de permettre une amélioration des propositions.
→ Demande de pouvoir aller jusqu’à 600h (actuellement 500h) en centre même pour des formations sans diplôme reconnu quand le taux de placement est très bon.

II-B/ Les filières
→ La région va-t-elle investir dans les formations pour les métiers en tension où le recrutement de personnel formé est difficile ?
→ La région compte-t-elle intervenir dans le secteur sanitaire et social ?
→ En zone de montagne, les formations agricoles doivent prendre en compte la dimension environnementale des projets.
→ La région compte-t-elle soutenir la formation dans les domaines artistiques (spectacles vivants et métiers d’art) ?
→ La région accueille de plus en plus d’habitants du Nord de l’Europe et pourtant il est bien difficile d’apprendre des langues étrangères hors du système scolaire. → La région va-t-elle renforcer l’offre dans ce domaine ?
→ Il y a des problèmes dans la filière équestre.
→ La filière bois est un vrai gisement d’emplois et une opportunité de développement durable et local. La région doit s’engager à former des professionnels.
→ La région va-t-elle faire quelque chose dans le domaine de l’illettrisme ?

II-C/ Les aspects financiers
→ Protestation unanime sur le faible prix payé pour l’heure-stagiaire, en particulier pour les métiers demandant du matériel et de l’équipement lourd, ou pour les publics difficiles demandant un accompagnement lourd.
→ Demande très forte de passer à l’heure-groupe ou au moins d’introduire de la souplesse pour la prise en compte des absences pour des raisons valables et qui souvent ne sont pas payées, ce qui finit par inciter à ne pas déclarer les absences.
→ Pourrait-on faire une différence sur le plan financier entre une formation organisée spécifiquement pour un public de formation continue et les formations mixées qui accueillent quelques stagiaires en formation continue dans un public de formation initiale (étudiants).
→ Comment renforcer les contrôles sur les moyens financiers mis à disposition des organismes de formation ?
→ Difficulté de trésorerie pour les associations travaillant avec le FSE qui rembourse plus d’un an après la formation achevée. Elles pourraient en utiliser plus si la région pouvait avancer la trésorerie?

II-D/ Questions et suggestions diverses
→ Pas de prise en compte des zones peu peuplées et du « rural profond » (il est difficile d’y « remplir »  un stage de 12 personnes, du coup les stages ne peuvent se faire). L’individualisation ne peut être qu’une réponse partielle.
→ Comment la Région compte intervenir pour favoriser la formation de formateurs ou soutenir les actions qui iraient dans ce sens ?
→ Que compte faire la Région pour favoriser une démarche qualité dans les organismes de formation ?
→ Il faut permettre aux organismes de formation de présenter des projets expérimentaux toute l’année sans appel d’offres précis.
→ Existe-t-il un soutien financier à l’équipement des centres de formation ?
→ Existe-t-il un soutien financier à l’ingénierie pédagogique ?
→ Quelle prise en compte de l’aménagement du territoire dans la politique de formation ?

III / Les modalités de concertation entre les acteurs de la formation

Ce sont essentiellement les institutions où se rencontrent l’Etat, la Région et les acteurs sociaux qui ont été réclamées par de nombreuses personnes, que ce soit au cours des réunions publiques ou dans les entretiens privés. Ainsi sont réclamés a minima la mise en place ou la réactivation du CARIF, de l’OREF (Observatoire régional de l’emploi et de la formation), et du CCREFP (comité de coordination régional de l’emploi et de la formation professionnelle). Mais au-delà, beaucoup des personnes présentes lors des réunions publiques ont demandé que se poursuivent des consultations avec les acteurs de terrain, et pas seulement avec le niveau régional institutionnel. Enfin, le monde économique, les branches professionnelles et les OPCA (organismes professionnels collecteurs agréés) demandent à être associés à la réflexion à venir pour l’élaboration d’une nouvelle politique. Reste la question des autres collectivités : dans quelles instances la Région peut-elle se concerter avec les autres collectivités territoriales en matière d’insertion sociale et professionnelle, que ce soit avec les conseils généraux responsables du RMI ou avec les communes et intercommunalités organisant des PLIE ?

IV/ Problématiques transversales liées à la formation professionnelle
→ Quel peut être l’apport de la Région à la prévention des risques professionnels ?
→ Comment articuler formation initiale, formation continue, apprentissage et insertion ?
→ L’ANPE ne touche que 40 à 45% des emplois. Comment connaître les emplois cachés ?
→ Inquiétude sur la nouvelle vague de décentralisation.
→ Très forte inquiétude sur la disparition du contrat de qualification, remplacé par le contrat de professionnalisation.
→ Que compte faire la Région pour développer la VAE, en particulier pour les demandeurs d’emploi non pris en charge pour leur accompagnement ? Comment faire connaître la VAE (il n’existe aucun point relais sur le territoire)?
→ La Région envisage-t-elle de développer la formation à distance ? (attention cependant : un temps de face à face reste indispensable). Pour celle-ci, quelle prise en charge de l’ingénierie pédagogique, du matériel spécifique, du suivi administratif et aussi de la justification du service fait ? De plus la FOAD bénéficie surtout aux hommes déjà bien diplômés et résidant dans les grandes villes : comment lutter contre ces nouvelles inégalités prévisibles ?
→ Comment revaloriser les métiers manuels ?
→ Quelle mise en œuvre concrète pour le nouveau droit individuel à la formation (DIF)?
→ La Région va-t-elle soutenir les fédérations d’éducation populaire qui œuvrent depuis de nombreuses années pour une vraie formation professionnelle, en particulier pour les publics en grande difficulté ?
→ Comment aider à la formation des salariés des très petites entreprises ?
→ La Région compte-t-elle renforcer son aide au FONGECIF, en particulier pour les salariés des TPE ?

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