L’uranium d’EDF : de La Hague à Narbonne, puis en Russie !

Certains parmi vous ont sûrement regardé l’émission d’ARTE sur les déchets nucléaires. Je voudrais ici éclairer au moins un aspect de cette émission qui nous touche directement à Narbonne.  Pour ceux qui n’ont pas vu l’émission, un rappel s’impose.

Que faire des combustibles usés ?
Après être resté plusieurs années dans une centrale nucléaire, le combustible est « épuisé », il ne contient plus assez d’uranium « utile » (l’uranium 235), celui qui fournit l’énergie. Il faut donc le changer. Dans de très nombreux pays, ces combustibles usés sont alors considérés comme des déchets très hautement radioactifs à surveiller attentivement. Ces déchets contiennent 95% d’uranium et 1% de plutonium. La France a donc décidé (il y a déjà longtemps) de les retraiter pour récupérer le plutonium, produit indispensable pour la bombe atomique. Ensuite, quand on a eu moins besoin de plutonium pour la bombe, on a continué en cherchant d’autres usages au plutonium et en tentant aussi de récupérer l’uranium. Cette opération de séparation de ces 2 éléments, uranium et plutonium, se fait aujourd’hui à La Hague. Mais ensuite, pour réutiliser l’uranium dans un réacteur, il faut l’enrichir en uranium « utile ». Où se fait cette opération ? En sortant de La Hague, où part l’uranium d’EDF ? C’est ce qui a fait scandale dans cette émission : cet uranium parcourt 9000 km pour aller se faire enrichir à Tomsk, en Russie.

Pourquoi aller si loin ?
A cette question posée lors de l’émission, la réponse a été carrément surréaliste. On n’avait pas la technologie !!! La France, première puissance mondiale  du nucléaire, la seule à produire 80% de son électricité par le nucléaire, n’aurait pas cette technologie finalement simple ? Cette réponse est évidemment fausse, tellement fausse que, ce matin même, AREVA proposait à EDF de réaliser l’opération, et disait attendre le contrat.
Une chose est sure, cette technologie est bien connue en France car, jusqu’au milieu des années 80, cette opération se faisait à … Narbonne, puis Pierrelatte. Alors il reste à se demander pourquoi à partir des années 90, EDF a décidé d’envoyer cet uranium si loin. Puisque nous n’avons pas eu la réponse, je me risque à deux explications vraisemblables.

  • la première est évidente : la solution est moins coûteuse qu’AREVA car en 1990, l’URSS s’effondre et cherche désespérément à faire tourner ses usines. Et pour EDF, tout profit est bon à prendre. Une pointe d’humour : EDF et AREVA sont 2 entreprises françaises ayant le même actionnaire principal !
  • La seconde raison  est moins évidente : l’uranium qui arrive de La Hague n’est pas très propre car la séparation n’est pas complète et il est pollué par de nombreux éléments radioactifs produits dans les centrales. Narbonne est bien placée pour le savoir puisque tous ces produits sont aujourd’hui retrouvés dans la plaine de Narbonne, dans les bassins de la COMURHEX, à l’air libre.

Narbonne pas plus propre que la Russie
Le plus étonnant de cette émission, c’est l’inquiétude des gens devant les photos montrant des fûts d’uranium, entassés à l’air libre, sans aucun bâtiment de protection, en Russie. Mais ces mêmes fûts sont entassés sur le site de la COMURHEX, dans des bidons, sans aucune protection. Il a même fallu demander avec insistance de reculer les fûts de la limite de propriété car l’irradiation était importante sur le chemin qui longeait la clôture. Mais il y a pire. Les bassins qui envahissent la plaine (30 ha tout de même, la superficie a doublé ces dernières années), contiennent des déchets radioactifs à vie longue pour lesquels AREVA a reconnu n’avoir aucune solution à ce jour. Malgré cela, elle veut accroître sa capacité de 50%.  L’industrie nucléaire a tous les droits.

Profitez de l’enquête publique qui se poursuit jusque fin octobre
Que le dossier vous effraie ou que vous n’ayez pas le temps de le lire, pas même de le survoler, aller tout de même vous exprimer dans le registre d’enquête publique disponible à la mairie de Narbonne (services techniques), de Moussan et à la sous-préfecture. L’essentiel est de demander que les bassins soient vidés, que les boues soient mises dans des fûts protégés des intempéries. Vous pouvez aussi demander une réduction drastique des risques car plusieurs scénarios accidentels se situent dans les plus hauts niveaux de gravité (16 scénarios dans les cases « catastrophiques » ou « désastreux »).
Vous n’avez pas si souvent la possibilité de vous exprimer : prenez la plume et écrivez. L’environnement de Narbonne dans 50 ans dépend aussi de vous ! Ce sera celui que vous laisserez à vos enfants.


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  1. meert Says:

    Bonjour Madame et merci pour ces précisions.
    J’ai regardé l’émission et comme beaucoup, je suis consternée par l’inconscience générale face à la dangerosité nucléaire et l’opacité particulière dans la communication au public!
    J’habite à 15km de Narbonne et ne suis pas au courant de ce qui « traine » sur le site de la Comurhex. Je suis, là aussi, très effrayée!
    Pouvez-vous parler davantage de l’enquête publique: son nom, sa durée. Comment faire concrètement?
    En vous remerciant,
    D. Meert

  2. santo Says:

    Maryse! A propos d’enquête publique: celle de Gruissan est disponible semble-t-il, voir mon billet: (http://www.contre-regards-leblogdemichelsanto-narbonne.com/). Et il me semble que nous avons des combats communs à mener…

  3. maryse Says:

    ECCLA s’est exprimée sur l’enquête publique de Gruissan, je ne crois pas que vous vous soyez exprimé sur celle de la COMURHEX.

  4. guillaume bigot Says:

    Votre article est édifiant! j’étais ressorti presque optimiste de l’émission d’arte, me disant que tant d’inepties, longtemps cachées, éclataient enfin au grand jour (télé, émissions de radios…), même si le public reste limité; mais là quand même… Je vais aller rendre visite aux services techniques de Narbonne mais je voulais savoir si vous aviez essayé de « médiatiser » ce problème au delà de votre blog (je pense en particulier aux radios qui sont parfois un peu plus libres).
    Merci en tous cas pour les infos et pour l’adresse de l’amap, j’y suis allé hier.
    A bientôt
    Cordialement
    Guillaume Bigot

  5. Annie RENAUD Says:

    Merci Maryse pour cette mise au point sur la COMURHEX.
    J’ai beaucoup apprécié le film sur Arte car cela m’a rappelé les souvenirs d’un stage dans le Cotentin sur les risques majeurs mais j’ai découvert bien d’autres choses que j’ignorais et qui sont ahurissantes : en particulier ce transport de déchets en Russie: une honte!
    J’ai visité il y a plusieurs années le site de la COMHUREX lors d’une porte ouverte et j’ai été très intriguée par les nombreux futs qui sont déposés à l’extérieur des bâtiments. A l’époque on nous avait expliqué qu’il sagissait d’un produit contenant de l’uranium ( je ne me souviens plus si c’était avant ou après sa transformation par la COMHUREX ) non radioactif ( tu parles!) et que c’était en somme des gens qui plaçait leur fric la dedans comme il aurait pu acheter de l’or ou du pétrole….A aucun moment je n’ai entendu parler de déchets radioactifs !
    Je consulte votre blog un peu tardivement, je m’en excuse , et du coup je n’ai pas pu aller m’exprimer à Narbonne sur le sujet .
    cordialement
    Annie RENAUD

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