Pourquoi j’irai au débat sur l’identité nationale

Beaucoup de personnalités de gauche ont décidé de boycotter le débat sur l’identité française. C’est une position respectable, mais personnellement, j’ai trop de choses à dire pour ne pas prendre la parole. Je voudrais relater ici trois expériences différentes que j’ai vécues personnellement et qui m’ont laissé un goût amer.
1/ J’ai hébergé assez longtemps chez moi une jeune fille tunisienne venue faire des études. Chaque année, la journée obligatoire à la préfecture pour renouveler sa carte de séjour était une épreuve, avec des heures de queue et le risque qu’il manque toujours un papier. Une fois par exemple, son inscription au CNAM a été refusée car elle ne donnait pas le statut étudiant. Il a fallu qu’elle s’inscrive en plus à l’université, sinon elle n’obtenait plus sa carte et devait arrêter ses études. Une autre fois, alors que tout était comme d’habitude, elle revint à la maison, effondrée, avec un « papier » officiel exigeant qu’elle quitte le territoire sous 15 jours. Je la rassurai, lui dit que nous irions avec elle à la prochaine convocation, ce que nous avons fait. Et elle a eu sa carte, la préfecture semblant considérer que ce document prouvait qu’elle était en règle… Quelque temps plus tard, convoquée personnellement pour répondre de l’hébergement de mon amie, je  demandais au fonctionnaire s’il pouvait m’expliquer ce qui s’était passé et la raison de ce papier surprenant. Sa réponse a, elle aussi, été surprenante : des dizaines de milliers de papier auraient été distribués à des étrangers parfaitement en règle, dans l’espoir  que certains prennent peur et partent… Si je n’ai pu vérifier personnellement cette information, elle me paraît crédible au vu du déroulement des évènements.
Mon amie est aujourd’hui française, expert-comptable et enseignante…
2/ En 1990, après les élections municipales, la ville de Narbonne décide de créer un conseil municipal d’enfants. Il concerne les enfants de CM2 et de 6ème, dernière classe de primaire et première classe de collège. Chaque classe doit élire un délégué et l’ensemble des délégués élit le représentant de l’école ou du collège. Tout cela fait en catimini, sans rien signaler au conseil municipal, et pour cause : le Maire décide que seuls peuvent se présenter les petits français dont les parents sont inscrits sur les listes électorales… Apprenant cela, mon sang n’a fait qu’un tour. J’ai alerté les associations qui regroupaient les conseils municipaux d’enfants, deux à cette époque, qui ont fusionné depuis. J’ai alerté la presse. J’ai déféré ce que j’ai pu au Tribunal administratif, en fait un compte rendu de réunion car il n’y avait aucun document public. Commencer à marginaliser des enfants de 10 ans pour s’étonner ensuite qu’ils ne votent pas à 18 ans et qu’ils ne se sentent pas très français, que voilà une grande politique !!! Pire, une fillette qui voulait se présenter a apporté son livret de famille. Un élu de la mairie lui a dit que sa nationalité n’y était pas indiquée . Bien sûr, s’il avait parfaitement connu la loi, il aurait su qu’elle était française de naissance, ses parents étant nés en Algérie quand celle-ci était encore française ; donc née en France de parents nés sur le sol français, elle était française de naissance par le double droit du sol.
La municipalité a perdu au Tribunal administratif, en Cour d’appel et en Conseil d’Etat. Ce fut la première jurisprudence sur les conseils municipaux d’enfants en France. Le Conseil municipal d’enfants est mort par impossibilité de renouvellement. Une « perle » m’est restée en mémoire, celle du maire expliquant qu’il avait fait un choix moyen entre des « nationalistes sourcilleux » (le FN) et des « mondialistes irresponsables » (moi !). Apprendre la démocratie aux jeunes enfants pas encore français était donc de l’irresponsabilité ; je la revendique. Et chacun comprendra pourquoi j’ai été un peu réticente au concert de louanges, au décès de ce Maire.
3/  Au début des années 2000, j’ai dû renouveler ma carte d’identité. J’ai 60 ans et derrière moi une vie de fonctionnaire. J’apporte donc les papiers demandés et là, on me demande un papier prouvant mon identité française. Je souris en montrant ma carte d’identité, mais on me dit que cela ne prouve rien. Je sors ma carte d’électeur. Sans succès. Je sors alors les papiers prouvant que je suis fonctionnaire. Sans plus de résultat… Je ris un peu moins.
Je suis née en France, de deux parents étrangers et ma mère a été naturalisée après la guerre. J’écris donc, à Nantes, pour demander l’acte de naturalisation de ma mère. Le document me parvient et je retourne une fois de plus pour demander ma carte d’identité. Là, je ne ris plus du tout car on me dit que la naturalisation de ma mère ne prouve rien pour moi.  En désespoir de cause, je demande à mon frère s’il a été confronté au même problème. Par chance oui, mais lui l’a résolu. En effet, après avoir été naturalisée, ma mère a demandé la nationalité française pour ses deux enfants ; et mon frère, lui, a retrouvé CE PAPIER qui prouve que nous sommes français.
Du coup, muni de document extraordinaire, ce sésame, j’ai non seulement obtenu une carte d’identité, mais pour éviter tout problème ultérieur, j’ai fait ajouter sur mon extrait d’acte de naissance l’obtention de la nationalité française avec référence à l’acte officiel. Finalement l’identité française, c’est juste avoir le bon papier !

Je me demande aujourd’hui ce que j’aurais été si je n’avais pas retrouvé ce papier. « Apatride », comme mon père avant d’être déporté… « Sans papiers », comme tous les immigrés pourchassés aujourd’hui en France… Voilà pourquoi, aujourd’hui, je suis moins fière de ma nationalité française qu’il y a 50 ans. Mais je n’oublie pas qu’il y a bien deux France, peut-être même deux identités françaises. Celle qui veut chasser tous les immigrés de son sol, et celle des droits de l’homme ! Tout comme il y avait, pendant la guerre, des français qui dénonçaient les juifs et ceux qui prenaient des risques pour sauver des enfants. Je suis en vie grâce à ceux-là ! Voilà ce que j’irai dire au débat où l’on m’a invitée

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  1. rene Says:

    stagnation@holidays.pursuers » rel= »nofollow »>.…

    tnx for info….

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