2006 (nov)

Lettre ouverte au Président Georges Frêche
Restitution de délégation

Monsieur le Président,

La polémique autour des propos qui vous sont prêtés ces jours-ci se développe dans une très grande confusion préjudiciable à un jugement objectif sur leur contenu.
Lors de la réunion de la majorité mardi dernier, vos propos ont encore ajouté de la confusion à la confusion. Vous nous avez dit que tous les verbatim étaient faux car il n’y avait pas d’enregistrement durant vos propos. Cette déclaration m’a déjà paru surprenante, mais quelques instants après, vous nous avez dit que vous aviez vérifié avec vos avocats le contenu précis au mot près de vos déclarations et qu’il n’y avait rien à redire. Vous avez repris cette déclaration devant les journalistes qui l’ont rapporté. La scientifique que je suis en déduit qu’en réalité l’enregistrement existe bel et bien. Dans ces conditions, Monsieur le Président, je vous demande instamment que vous le rendiez public et chacun jugera sur pièces. Si vous ne le faites pas, vous comprenez que les rumeurs s’ajouteront aux rumeurs. J’ose espérer que le document n’aura pas été modifié entre temps.
Monsieur le Président, je ne vous crois pas raciste, mais vos propos flirtent avec le racisme ordinaire et, parfois, y plongent. Ce que je crois n’a pas d’importance, ce que les électeurs de gauche et/ou écologistes entendent et perçoivent de vos propos en a beaucoup plus. Que certains disent de vous « il dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas » ne me rassure pas car chacun sait de quel autre homme politique on dit cela. Quand un élu de votre niveau politique se lâche verbalement, il justifie et dédouane toutes les expressions populaires du racisme ordinaire. C’est l’effet le plus grave de vos propos incontrôlés. Et si votre dernier dérapage est proportionnellement moins grave que le précédent, le fait de s’en prendre à l’équipe de France de football lui a donné un retentissement exceptionnel. Mais, surtout, c’est une récidive.
Les évènements de ces derniers jours questionnent le fonctionnement de la région et le mode de gouvernance en place. Pouvoir absolu, contrôle politique total, vos partenaires ont le choix entre être absorbés, couchés ou liquidés. Le spectaculaire soutien des maires de l’agglomération de Montpellier en témoigne, la marche arrière rapide du parti communiste et de son représentant le plus flamboyant, Jean Claude Gayssot, aussi. Aucune de ces postures ne me convient ; vous m’avez aimablement qualifiée de « folle » ; sans doute, à vos yeux, suis-je comme « les fous » difficiles à contrôler. Un peu de respect aurait sûrement rendu les relations plus faciles, mais vous ne semblez pas connaître ce mot quand on entend vos propos triviaux sur les femmes.
Vous avez clairement fait savoir que vous iriez aux élections si vous n’aviez plus la majorité pour gouverner la région. Permettez-moi de vous dire que je trouve ce chantage scandaleux. Il signifie que votre personne et votre pouvoir sont plus importants que la mise en place des politiques publiques pour lesquelles les électeurs ont voté. C’est tout ce que je déteste en politique : faire passer sa personne avant son parti et son parti avant les habitants de la région. Ma déontologie fonctionne en sens inverse.
Monsieur le Président, j’ai l’honneur de vous faire savoir que je vous rends ma délégation, non sans regret. Nous avons trouvé la formation professionnelle dans un état calamiteux en arrivant. En deux ans, nous en avons fait un outil au service des habitants, en commençant par les plus démunis. Mais je connais trop bien l’ensemble des enjeux de cette délégation pour qu’elle puisse rester « en suspens » pour une longue durée. Mon souci des habitants de cette région est d’un intérêt supérieur au bras de fer politique actuel, je ne les prendrais pas en otage. Par ailleurs, ayant réclamé votre remplacement à la tête de cette région, je ne saurai poursuivre un travail en confiance dans l’exécutif de cette région.
Monsieur le Président, croyez que je regrette infiniment ce gâchis !

Maryse Arditi

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